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Chapter 6 - chapitre 6

★ NEPHILIM ★

Une Fanfiction Undertale

Chapitre 6 — Deux Frères, Deux Étrangers

✦ PARTIE I — Player & Frisk ✦

Player entendit le piège avant de le voir.

Ce n'était pas difficile — quelqu'un criait.

Très fort.

Avec enthousiasme.

— HA ! Tu as déclenché mon piège, humain ! Le Grand Papyrus te souhaite la bienvenue dans... ATTENDS.

Player s'arrêta. Devant lui se tenait un squelette grand et fin, armure orange rutilante, écharpe rouge qui claquait dans le vent inexistant du souterrain avec une énergie qui semblait défier la physique. Il pointait vers lui un doigt accusateur.

Puis il se tourna vers Frisk qui marchait à côté.

— Il y en a deux ?

— Salut Papyrus, dit Frisk calmement.

— FRISK ! Tu m'as amené un humain supplémentaire ? C'est— c'est— NYYYYEH ! C'est absolument inattendu mais le Grand Papyrus s'adapte car il est EXCEPTIONNEL !

Player regarda Frisk.

— Il est toujours comme ça ?

— C'est même pas son niveau maximum, dit-elle.

— SILENCE ! tonna Papyrus en frappant le sol de sa botte. Vous avez déclenché le piège numéro trois de ma collection personnelle de pièges ! Ce qui signifie que vous devez— vous devez—

Il s'arrêta. Regarda le sol. Fronça les sourcils sur son visage sans sourcils.

— ...Qu'est-ce que c'est censé être exactement ? murmura Player en regardant lui aussi.

Par terre, soigneusement disposées, il y avait des feuilles de papier avec le mot PIÈGE écrit dessus en lettres majuscules.

— C'est un piège psychologique, dit Papyrus avec une dignité absolue.

— Ah.

— Il agit sur le subconscient.

— Bien sûr.

— Tu te sens pas du tout piégé ?

Player réfléchit honnêtement.

— Un peu, dit-il.

Papyrus pointa vers le ciel avec triomphe.

— NYYYYEH HEH HEH ! LE PIÈGE FONCTIONNE ! Bon. Maintenant que vous êtes officiellement mes prisonniers—

— Papyrus, dit Frisk.

— OUI ?

— Tu vas nous faire de la spaghetti ?

Un silence électrique.

Le visage de Papyrus — si tant est qu'un crâne puisse exprimer des émotions — rayonna d'une lumière intérieure.

— J'allais LE PROPOSER mais je voulais pas avoir l'air trop enthousiaste, dit-il dans un murmure de théâtre. Venez. VENEZ VITE. J'ai une nouvelle recette.

Il pivota et marcha vers sa maison avec l'énergie d'un général menant ses troupes à la victoire.

Player regarda Frisk.

— On est vraiment ses prisonniers ?

— On est surtout ses invités pour la spaghetti, dit Frisk. C'est mieux.

Sans était assis dans son kiosque à hot-dogs.

Il ne vendait pas de hot-dogs. Le kiosque était juste là. Sans était juste là dedans. C'était son fonctionnement.

Il regarda les deux gamins traverser la rue derrière son frère avec l'expression de quelqu'un qui dort les yeux ouverts — ce qui, pour Sans, était probablement littéral.

Puis ses yeux s'arrêtèrent sur Player.

Juste une seconde de plus que nécessaire.

Player sentit le regard et se tourna vers le kiosque. Croisa les yeux du petit squelette en hoodie bleu — deux petites lumières blanches dans des orbites noires, décontractées en apparence.

En apparence seulement.

— Hé, dit Sans.

— Hé, dit Player.

— T'es nouveau.

— On me le dit souvent.

— J'imagine. — Il marqua une pause. — T'as l'air d'un gars bien.

— Merci.

— C'est pas un compliment, dit Sans tranquillement. C'est une observation. Les deux c'est pas pareil.

Player cligna des yeux. Sans avait déjà détourné le regard, les mains dans les poches, l'air de s'intéresser à quelque chose de passionnant dans le vide devant lui.

Frisk tira doucement Player par la manche.

— Viens. Avant que la spaghetti brûle.

Player suivit. Mais il sentit le regard de Sans dans son dos jusqu'au moment où il franchit la porte de la maison.

La spaghetti était techniquement comestible.

Papyrus avait utilisé ce mot lui-même, avec une fierté absolue, comme si techniquement comestible était la plus haute distinction culinaire possible.

Player mangea sans se plaindre. Frisk aussi. Papyrus les regarda manger avec l'intensité d'un artiste attendant un verdict sur son chef-d'œuvre.

— Alors ? dit-il enfin, n'y tenant plus.

— C'est... courageux, dit Player honnêtement.

Papyrus fronça les sourcils.

— Courageux ?

— La spaghetti a du caractère. Elle s'assume.

Un silence.

— J'AIME CETTE DESCRIPTION, décida Papyrus. Tu es perspicace pour un humain ! Pas autant que le Grand Papyrus évidemment mais—

La porte s'ouvrit. Sans entra, les mains dans les poches, et s'installa dans un coin avec l'économie de mouvements de quelqu'un qui fait de la flemme un art de vivre.

Il regarda Player.

Player le regarda.

— Tu sauvegardes souvent ? demanda Sans.

Le silence qui suivit fut différent des autres.

Player posa sa fourchette.

— Comment tu—

— J'ai mes méthodes, dit Sans. Simple question. Tu sauvegardes souvent ?

— ...Une fois. Depuis que je suis arrivé.

Sans hocha la tête lentement. Ses petits yeux lumineux ne cillaient pas.

— Continue comme ça, dit-il. Et reste avec Frisk.

Il se retourna vers son bout de mur préféré avec l'air de considérer la conversation terminée.

Papyrus, qui n'avait rien compris à cet échange, haussa les épaules et resservit de la spaghetti à tout le monde.

Player regarda Sans dans son coin.

Il sait quelque chose.

Il ne savait pas quoi. Mais Sans savait quelque chose.

Il baissa les yeux sur sa bague argentée et la fit tourner lentement autour de son doigt.

✦ PARTIE II — Alex ✦

Alex vit le piège longtemps avant d'y arriver.

Des feuilles de papier. PIÈGE écrit dessus. Un squelette en armure orange embusqué derrière un arbre avec la discrétion d'une fanfare.

Il s'arrêta à trois mètres. Attendit.

Papyrus sortit de sa cachette avec la majesté d'un acteur qui entre en scène.

— HA ! Tu as déclenché—

— Papyrus, dit Alex.

Silence.

— ...Tu connais mon nom ?

— Tout le monde connaît le Grand Papyrus.

Ça marcha immédiatement. Le squelette se redressa de trois centimètres supplémentaires, ce qui était physiquement impressionnant.

— C'est VRAI ! dit-il avec une satisfaction absolue. Ma réputation me précède ! Évidemment ! C'est normal ! Je suis EXCEPTIONNEL !

Alex attendit que la vague passe. Elle passa.

— Tu cherches à capturer des humains pour la Garde Royale, dit-il. Je ne vais pas me battre. Je veux juste traverser.

Papyrus le regarda. Vraiment le regarda — avec cette attention sincère qui était sa vraie nature sous l'énergie débordante.

— Tu as l'air fatigué, dit-il doucement.

Alex ne répondit pas.

— Pas fatigué de sommeil, précisa Papyrus. Fatigué autrement.

— ...Je peux passer ?

Un moment passa. Papyrus hocha la tête lentement, sans fanfare cette fois.

— Le Grand Papyrus n'arrête pas quelqu'un qui a besoin d'avancer, dit-il simplement. Mais si tu as faim, ma maison est là-bas. La spaghetti est techniquement comestible.

Alex le regarda une seconde de trop.

Quelqu'un lui offrait quelque chose sans rien demander en retour.

Il ne savait plus comment réagir à ça.

— Merci, dit-il. Peut-être une autre fois.

Il reprit sa marche.

Sans l'attendait.

Pas dans son kiosque. Debout, au milieu du chemin, les mains dans les poches, comme s'il avait calculé exactement l'endroit où Alex passerait.

Alex s'arrêta.

Les deux se regardèrent.

Sans souriait — il souriait toujours, c'était anatomique — mais ses yeux, ces deux petites lumières blanches, étaient parfaitement immobiles. Parfaitement attentifs.

— Alors, dit Sans. T'es celui qui va tout casser.

Ce n'était pas une question.

Alex ne répondit pas immédiatement. Il sortit la Console. La laissa s'ouvrir entre eux, visible, lumineuse dans l'air froid de Snowdin.

— Tu sais ce que c'est ? demanda Alex.

— J'ai une vague idée.

— Alors tu sais ce que je peux faire.

— Ouais, dit Sans. Et tu sais ce que moi je peux faire.

Un silence froid.

La neige crissait quelque part. Le vent passait entre les sapins noirs.

— Je cherche pas de problème avec toi, dit Alex.

— Non, dit Sans. Tu cherches quelqu'un d'autre. — Il marqua une pause. — Le problème c'est que tout le monde ici va être dans ta route quand même.

Alex referma la Console.

— Alors écarte-toi.

Sans ne bougea pas. Mais son sourire changea imperceptiblement.

— Tu sais ce qui me fascine ? dit-il de sa voix traînante. Les gens qui ont raison de se mettre en colère. Vraiment raison. Parce que cette colère-là — elle est légitime. Elle est juste. Mais elle fait exactement les mêmes dégâts que la colère injuste.

Alex le regarda.

— La différence c'est que toi tu le sais, continua Sans. Tu sais que t'es en train de faire quelque chose de mal. Et tu vas le faire quand même.

— Tu peux pas m'arrêter.

— Probablement pas, admit Sans. Mais je peux te regarder faire. Et me souvenir. — Il s'écarta légèrement du chemin. — Parce que moi, je me souviens de tout. Même après les RESET.

Alex passa à côté de lui sans un mot.

Il fit dix pas.

S'arrêta.

— Il est avec Frisk, dit-il sans se retourner. L'autre humain. Ils sont ensemble ?

— Ouais.

— Tu vas les protéger ?

— J'essaierai.

Alex hocha la tête. Une seule fois. Et continua d'avancer.

Sans le regarda partir. Son sourire disparut — vraiment disparu, chose rare.

Il sortit les mains de ses poches. Les regarda.

Ce gamin va brûler tout ce que j'ai construit.

Et je peux pas l'en empêcher.

Pas encore.

Il remit les mains dans ses poches.

Et rentra chez lui.

Plus tard ce soir-là,

dans deux maisons différentes de Snowdin,

deux garçons aux cheveux opposés fixèrent le plafond dans le noir.

L'un pensait à une étoile dorée qui brillait quelque part dans les Ruins.

L'autre pensait à un point d'ancrage froid qui attendait son ordre.

Ni l'un ni l'autre ne dormit vraiment.

Mais seul l'un des deux

pleura sans s'en rendre compte.

— Fin du Chapitre 6 —

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