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Chapter 4 - Chapitre 4 — Ce que le père a laissé

Le trou n'avait pas de fond visible.

Aldric s'allongea sur le ventre, pressa son Sceau de Lecture contre le bord vitrifié et attendit. Le Flux qui remontait de l'ouverture était stable, régulier, presque respiratoire. Pas hostile. Pas piégé, autant qu'il pouvait en juger.

Il se releva, sortit une corde de son sac et chercha des yeux un point d'ancrage.

— Vous allez descendre là-dedans, dit Théo. Maintenant. Dans le noir.

— La carte indique que c'est par là, dit Aldric en nouant la corde autour du tronc le plus proche avec trois nœuds différents. Donc c'est par là.

— Et si c'est un piège ?

— J'ai déjà établi que c'était probablement un piège au moment où j'ai trouvé la carte sous ma porte. dit Aldric. La question pertinente n'est pas si c'est un piège. C'est pour qui.

Il ouvrit son Carnet et traça une Ligne de perception étendue — plus coûteuse en Mana que d'habitude, mais nécessaire. Une lueur argentée enveloppa sa main droite, douce et stable.

— Tu restes ici, dit-il à Théo. Si je ne suis pas remonté dans deux heures, tu repars vers Caermund. Tu demandes une auberge qui s'appelle Le Sablier Renversé. Tu dis à la patronne que tu viens de la part d'Aldric Voss. Elle saura quoi faire.

— Vous avez prévu ça aussi ?

— J'ai prévu beaucoup de choses, dit Aldric en saisissant la corde. C'est pour ça que je suis encore en vie.

Il descendit.

Le trou faisait une dizaine de mètres de profondeur avant de s'ouvrir sur une salle.

Aldric posa les pieds sur le sol et leva sa main lumineuse.

Ce qu'il vit le fit rester immobile pendant un long moment.

La salle était circulaire, d'environ quinze mètres de diamètre, avec des murs de pierre noire parfaitement lisse. Mais ce n'était pas l'architecture qui l'arrêta. C'était ce qui couvrait les murs du sol au plafond, dans chaque recoin, sur chaque surface disponible.

Des cartes.

Des dizaines de cartes, tracées directement dans la pierre avec une encre qui brillait encore faiblement — rouge sombre, la même que sur le parchemin qu'il avait trouvé sous sa porte. Certaines représentaient des territoires qu'il reconnaissait : le Val-Gris, les plaines de Valdren, les cols du Nord. D'autres montraient des zones qu'il n'avait jamais vues — des régions entières qu'aucun cartographe n'avait répertoriées, avec des noms écrits dans une langue ancienne qu'il ne lisait pas.

Et sous toutes ces cartes, reliant chaque territoire à tous les autres, un réseau de lignes fines, serrées, d'une précision obsessionnelle.

Les Racines.

Aldric fit lentement le tour de la salle en tenant sa main lumineuse près des murs. Il calculait mentalement, superposant ce qu'il voyait à ce qu'il connaissait du continent. Les Racines ne suivaient aucune logique géologique. Elles traversaient les montagnes, ignoraient les rivières, contournaient les villes comme si elles avaient été tracées avant que ces villes n'existent.

Parce qu'elles l'avaient été.

Il s'arrêta devant la portion de mur la plus récente — il le voyait à l'intensité de l'encre, plus brillante, moins altérée par le temps. Quelqu'un avait travaillé ici dans les dernières années. Ajouté des corrections, complété des zones vides, rempli des blancs que les cartes plus anciennes laissaient ouverts.

Il y avait une signature dans le coin inférieur droit.

Deux initiales. E.V.

Aldric resta parfaitement immobile.

E.V.

Edric Voss.

Son père.

Il passa deux heures dans la salle sans s'en rendre compte.

Il photographiait mentalement chaque section de mur, traçant des copies rapides dans son Carnet, notant les zones complétées par son père, les zones encore vides, les points de convergence des Racines. Sa main lumineuse ne tremblait pas. Sa respiration restait régulière.

C'était la méthode. La méthode tenait quand tout le reste vacillait.

Son père n'était pas mort. Ou du moins — il n'était pas mort de la façon dont on le lui avait dit. La fièvre des marais, à l'est, seul, sans personne pour le retrouver. C'était l'histoire officielle. Aldric avait eu dix-neuf ans et deux enfants à charge et pas le temps de douter de cette histoire.

Il doutait maintenant.

E.V. Les corrections les plus récentes dataient de cinq ans environ, à en juger par l'état de l'encre. Son père travaillait encore ici cinq ans après sa mort supposée.

Ce qui voulait dire qu'il était soit vivant, soit quelqu'un d'autre avait ses initiales et sa façon exacte de tracer les angles de jonction entre les Lignes — une particularité si spécifique qu'Aldric lui-même l'avait héritée sans le savoir avant de la voir sur ce mur.

Il referma son Carnet.

Regarda une dernière fois la salle.

Quelqu'un veut les Racines, pensa-t-il. Mon père les a cartographiées. Et quelqu'un d'autre les cherche depuis dix ans.

Il saisit la corde et remonta.

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