Cinq mois s'étaient écoulés.
Cinq mois.
Ce n'était pas simplement du temps.
C'était une transformation.
Cinq mois d'entraînement.
De douleur.
De progression.
De remise en question.
Le village avait changé.
Les murs reconstruits ne cachaient pas totalement les fissures anciennes. Certaines pierres portaient encore les traces noircies des combats passés. Des lignes irrégulières parcouraient les bâtiments comme des cicatrices qu'on ne pouvait pas effacer.
Les élèves aussi avaient changé.
Leur posture.
Leur regard.
Leur façon de respirer.
Leurs mouvements étaient devenus plus précis. Plus économes. Plus dangereux.
Leurs réflexes plus aiguisés.
Leurs instincts plus rapides.
Leurs regards…
Plus sérieux.
Ils n'étaient plus des élèves ordinaires.
Ils avaient vu la mort.
Ils l'avaient ressentie.
Parfois même frôlée.
Ils n'étaient plus les mêmes.
Et pourtant…
Ce n'était que le début.
Car une chose avait été comprise au fil des affrontements.
Une règle.
Une vérité froide.
Les entités ne pouvaient pas être détruites n'importe comment.
Les frapper ne suffisait pas.
Les couper… encore moins.
Certains avaient essayé.
Ils avaient tranché des membres.
Brisé des os.
Pulvérisé des torses.
Et malgré ça…
Les corps se relevaient.
Leur chair se recomposait.
Leur structure se reformait.
Leur présence persistait.
Leur corps se régénérait.
Pas instantanément.
Non.
Ce n'était pas une régénération parfaite.
Mais lente.
Progressive.
Presque silencieuse.
Comme une seconde vie qui reprenait.
Trop lent pour être ignoré.
Trop rapide pour être négligé.
La seule solution…
Était de viser le cœur.
Le point central.
Le noyau.
Détruire le cœur.
Sans ça…
Ils revenaient.
Encore.
Et encore.
Et encore.
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Le ciel de Paris était étrangement lourd.
Pas simplement couvert.
Oppressant.
Un gris profond, presque irréel, étouffait la lumière du soleil. Les nuages semblaient immobiles, comme suspendus, comme s'ils attendaient quelque chose.
L'air était chargé.
Dense.
Presque électrique.
Pourtant…
La vie continuait.
Les rues étaient pleines.
Des voitures circulaient, klaxonnant légèrement dans le trafic habituel.
Des touristes riaient, prenaient des photos.
Des enfants couraient.
Des vendeurs parlaient fort.
Et au centre de tout…
La Tour Eiffel se dressait.
Imposante.
Solide.
Intouchable.
Un symbole de stabilité dans un monde qui ne l'était plus vraiment.
Du moins…
En apparence.
Un frisson invisible parcourut l'air.
Subtil.
Presque imperceptible.
Mais réel.
Puis—
Un cri.
Brutal.
Déchirant.
Un cri qui ne ressemblait pas à une simple peur.
Un cri de terreur pure.
Une explosion retentit au loin.
Puis une autre.
Et encore une.
Les vitres éclatèrent.
Les sons résonnèrent entre les bâtiments.
Les passants se figèrent une seconde.
Puis—
La panique.
— C'EST QUOI ÇA ?!
— COUREZ !!
Les corps se mirent à fuir dans tous les sens.
Les sacs tombèrent.
Les téléphones glissèrent des mains.
Et soudain…
Ils apparurent.
Des corps.
Humains.
Mais déformés.
Leurs mouvements n'étaient pas naturels.
Leurs articulations semblaient… décalées.
Leurs yeux étaient vides.
Complètement vides.
Aucune conscience.
Aucune identité.
Et surtout…
Leur aura.
Instable.
Brisée.
Corrompue.
Les entités.
Un homme possédé se jeta sur une voiture.
Impact.
La tôle explosa sous la force.
Le pare-brise vola en éclats.
Mais ce n'était pas le pire.
Quelques secondes plus tard…
Sa chair se reforma lentement.
Les morceaux se reconnectaient.
Les blessures se refermaient.
Progressivement.
Comme si son corps refusait d'accepter la mort.
Un silence de terreur.
— …Ils régénèrent… ?
Puis le chaos total éclata.
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— ÉVACUEZ LA ZONE !!
Les Maîtres étaient là.
Ils ne se regroupaient pas.
Ils se dispersaient.
Chacun dans un quartier différent.
Une stratégie.
Couvrir plus de terrain.
Limiter les pertes.
La Maîtresse de l'Eau.
Calme.
Immobile au centre d'une rue inondée de débris.
Mais son regard…
Était glacial.
Une vague gigantesque s'éleva derrière elle.
Imposante.
Écrasante.
Elle s'écrasa.
Pulvérisant plusieurs démons en une seule attaque.
Le sol fut balayé.
Les corps brisés.
Mais elle ne s'arrêta pas.
Jamais.
Elle enchaîna.
Des lames liquides apparurent.
Fines.
Précises.
Mortelles.
Elles traversèrent les corps.
Visant directement le cœur.
Aucune hésitation.
Aucune erreur.
— Ne leur laissez aucune ouverture !
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Le Maître de la Terre.
Ses mains frappèrent le sol.
Un choc sourd.
La rue trembla.
Des murs surgirent.
Massifs.
Protecteurs.
Puis—
Des pics.
Violents.
Précis.
Ils transpercèrent plusieurs ennemis.
Directement.
Le cœur.
Toujours.
— Tenez les lignes !!
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Le Maître du Feu.
Toujours blessé.
Mais debout.
Ses flammes n'étaient plus chaotiques.
Elles étaient condensées.
Maîtrisées.
Chaque tir était calculé.
Chaque mouvement optimisé.
— Visez le cœur !!
Car maintenant…
Tout le monde l'avait compris.
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Dans une large avenue détruite…
Deux silhouettes avançaient.
Morueshi.
Et Arashi.
Le feu et le vent.
Une combinaison brutale.
Instable.
Mais terriblement efficace.
Le vent amplifiait les flammes.
Les flammes guidaient le vent.
Une synergie naturelle.
Violente.
— À droite !
Arashi leva la main.
Une rafale violente balaya plusieurs démons.
Leurs corps furent projetés contre les murs.
Morueshi enchaîna immédiatement.
Explosion de flammes.
Les silhouettes furent englouties.
Mais pas détruites.
Elles se relevaient.
Encore.
Toujours.
Alors—
Morueshi ajusta.
Une seconde frappe.
Plus précise.
Moins large.
Plus mortelle.
Le cœur.
Impact.
Cette fois…
Ils ne bougèrent plus.
— Tss… ils deviennent chiants…
Arashi craqua sa nuque.
— On doit être plus précis.
Morueshi hocha la tête.
— Pas juste plus forts.
— Plus efficaces.
Un démon surgit derrière eux.
Silencieux.
Rapide.
Arashi se retourna—
Trop tard.
Contact.
Une seconde.
Juste une seconde.
Morueshi fronça les sourcils.
— Arashi ?
Silence.
Le vent changea.
Subtil au début.
Puis—
Brutal.
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Le corps d'Arashi trembla.
Pas de cri.
Pas de douleur visible.
Juste…
Une cassure.
Interne.
Invisible.
Le vent explosa autour de lui.
Une pression écrasante envahit la zone.
Les bâtiments vibrèrent.
Le sol se fissura.
Morueshi recula légèrement.
— …Non…
Arashi releva la tête.
Ses yeux…
Étaient vides.
---
Il ne parla pas.
Pas un mot.
Son corps bougea.
Instantanément.
Disparition.
Morueshi n'eut même pas le temps de réagir.
Impact.
Il fut projeté à travers un bâtiment.
Explosion.
Mur détruit.
Poussière.
Débris.
Silence.
Puis—
Un souffle.
Arashi réapparut.
Mais il n'y avait plus rien d'humain.
Aucune retenue.
Aucune logique apparente.
Juste…
Une rage pure.
---
Morueshi se releva.
Difficilement.
Sang.
Respiration irrégulière.
Mais regard fixe.
— …
Arashi attaqua.
Encore.
Encore.
Encore.
Le vent tranchait l'air.
Des rafales invisibles découpaient le béton.
Les voitures étaient soulevées.
Projetées.
Pulvérisées.
Morueshi bloquait.
Esquivait.
Ripostait.
Mais la différence…
Était là.
Claire.
Évidente.
Chaque coup d'Arashi était plus rapide.
Plus lourd.
Plus violent.
Son corps absorbait les dégâts.
Puis se réparait.
Lentement.
Mais sûrement.
— …Il s'adapte…
---
Morueshi fut projeté au sol.
Violence pure.
Le sol se fissura sous lui.
— Merde…
Il tenta de se relever.
Mais déjà—
Arashi était là.
Au-dessus.
Une rafale comprimée.
Instable.
Mortelle.
Morueshi roula.
Explosion.
Le sol s'effondra.
— Réfléchis…
— Réfléchis…
— Réfléchis…
Son esprit s'accéléra.
Comme Akai.
Observer.
Comprendre.
Attendre.
Arashi attaqua encore.
Mais cette fois—
Morueshi attendit.
Une fraction.
Puis—
Esquive.
Riposte.
Explosion concentrée.
Cœur.
Impact.
Arashi fut projeté.
Silence.
Puis—
Il se releva.
Encore.
Toujours.
Morueshi serra les dents.
— Même ça…
— Ça suffit pas…
---
Dans un bâtiment sécurisé…
Akai sentit tout.
Le sceau pulsa.
Plus fort.
Plus vite.
Comme un avertissement.
Ses yeux se fermèrent.
Analyse.
Distance.
Rythme.
Puissance.
— Il est en difficulté…
— Morueshi…
Ses yeux se rouvrirent.
Froids.
Précis.
---
Très loin…
Le Maître de la Foudre observait.
— Intéressant…
Raijin sourit.
— Le gamin tient ?
— À peine.
Un éclair traversa le ciel.
Silencieux.
— Dommage…
— J'aurais aimé qu'Akai perde le contrôle.
— Pour avoir une excuse ?
— Oui.
— Le tuer.
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Retour au combat
Morueshi était à bout.
Ses flammes vacillaient.
Son corps tremblait.
Mais son regard…
Refusait d'abandonner.
Face à lui…
Arashi avançait.
Toujours.
Inarrêtable.
Sa puissance…
Se rapprochait dangereusement de celle d'un maître.
Et Morueshi…
Le comprenait.
Ce n'était plus un élève.
C'était autre chose.
Le vent hurla.
La pression monta encore.
Le sol céda.
Et dans ce chaos…
Une seule question restait.
Morueshi allait-il survivre…
Face à une puissance qui dépassait déjà tout ce qu'il avait affronté jusque-là ?
